Interview de Tomas Scotto sur la radio RTS1 la 1ère

Interview de Tomas Scotto sur la radio RTS1 la 1ère « Lʹinvité – Lʹétonnant succès de la littérature jeunesse » 09.10.2021

Présentation du festival à 4:31

www.rts.ch/info/culture/livres/12557251-le-marche-de-la-litterature-jeunesse-ne-connait-pas-la-crise.html

Le livre ne semble pas pâtir de l’omniprésence des écrans. En ces temps numériques, le secteur de la littérature jeunesse se porte à merveille. A Rue (FR), un festival lui était tout entier consacré en fin de semaine dernière.

Quel livre a marqué votre enfance? Pour Thomas Scotto, auteur de plus de 80 ouvrages destinés aux jeunes, il s’agit de « Jean de la Lune » de l’Alsacien Tomi Ungerer. Mais si Tomi Ungerer est célèbre dans le grand public, il constitue une exception. La plupart du temps, dans le milieu de la littérature jeunesse, c’est plutôt le personnage qui est célèbre et non l’auteur ni l’illustrateur. On connaît mieux « Kirikou » et même la sorcière que Michel Ocelot, qui leur a donné vie.

Provoquer des rencontres entre les écrivains, les illustrateurs et leurs lecteurs, c’était justement l’idée de « Les mots-clés à molette », premier festival de littérature jeunesse qui s’est tenu à Rue (FR), dans le district de la Glâne, du 8 au 10 octobre dernier. Ateliers d’écriture et d’illustration, lectures à voix hautes, spectacles dessinés et les incontournables séances de dédicaces ont trouvé leur (jeune et nombreux) public, signe de vitalité d’un secteur en pleine expansion.

En France, un quart des livres vendus est destiné à la jeunesse

Car le marché de la littérature jeunesse aiguise les appétits. Depuis le début des années 2000, les ventes se maintiennent à très haut niveau puisque au moins un livre sur quatre vendu en France provient du segment jeunesse. Des auteurs et autrices de plus en plus réputés y font des incursions ou des collaborations.

Avec un hic: la concurrence devient tellement féroce que les indépendants peinent à trouver la lumière face aux grosses franchises ou à la marchandisation qui se développe rapidement autour de personnages ou d’univers littéraires.

Films ou séries, bandes dessinées, dessins animés, jeux vidéos, jouets et quantité de produits dérivés sont nombreux, à l’image d’un petit sorcier avec une cicatrice sur le front. L’incontournable Harry Potter est toujours en tête des ventes presque vingt-cinq ans après la parution du premier tome de la saga mais il est également devenu le symbole de l’évolution des franchises en littérature jeunesse. On ne propose plus seulement un roman et ses suites, mais également tout un développement marketing autour de son univers.

Lire à voix haute

« On ne peut pas couper à cette diversification des supports, indique Thomas Scotto. Mais ce qui m’importe, c’est qu’une histoire arrive jusque dans les yeux, les oreilles ou la bouche d’un enfant ou d’un adolescent, quel que soit le support. C’est ce que je fais beaucoup dans les classes, où je lis énormément à voix haute ».

L’auteur se dit en revanche frappé par le nombre d’enfants qui n’ont jamais entendu un parent leur raconter une histoire du soir. « Cela fait froid dans le dos. Depuis quelque temps, je demande aux plus petits comme aux plus grands qui est-ce qui a eu la chance qu’on lui lise des histoires le soir. Et je m’aperçois que chez les plus jeunes aujourd’hui, il y a un peu moins de doigts levés. »

Le phénomène « booktubers »

Dans le milieu de la littérature jeunesse, celle qui s’adresse aux adolescents ou jeunes adultes a particulièrement le vent en poupe. Et comme tout grand marché, il a ses influenceuses et ses influenceurs que l’on appelle des « booktubers ». Face caméra, exactement comme le font les youtubers, les ados présentent les lectures qui les ont enthousiasmés.

La liste des critères incontournables d’un livre est longue et exigeante, à l’image de leurs attentes. Leurs ouvrages préférés contiennent des émotions, des aventures et de l’action, du suspense, des sentiments et des personnages intéressants. Mais le lecteur doit aussi pouvoir se sentir en immersion, la compréhension du texte doit être facilitée, sans oublier un peu d’amitié, des rebondissements et de l’humour. Et attention au piège des simplifications de type bien contre le mal!

Et même s’il devient plus difficile aujourd’hui de créer un ouvrage que les éditeurs appellent un « livre résistant », qui nécessite une forme de patience pour pouvoir être reçu par les jeunes lecteurs, le marché du livre jeunesse se porte bien et c’est une excellente nouvelle.

Sujet radio: Jérôme Zimmermann, Manuella Maury

Adaptation web: Melissa Härtel

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